06/02/2026

Du verlan au “wesh” : quand l’argot influence l’UX Writing

 

Le langage des interfaces destinées à la Gen Z ne se contente plus de guider l’utilisateur, il cherche à fusionner avec son identité. L’UX Writing dédié à cette génération délaisse la neutralité institutionnelle pour explorer la richesse de l’argot urbain. Du verlan historique aux expressions actuelles, le « wesh » s’invite dans les micro-copies pour briser la glace. Cette mutation transforme les applications en membres du cercle intime, capables de parler la langue du réel. Derrière cette décontraction se cache une stratégie de design émotionnel visant à instaurer une complicité immédiate avec cette cible ultra-connectée.

 

De la rue au digital : la trajectoire d’un langage vivant

Le langage des interfaces ne sort plus d’un dictionnaire académique, mais d’une hybridation constante. Pour la Gen Z, l’argot digital est une construction logique et culturelle qui dicte la manière dont on interagit avec un écran.

 

L’héritage du verlan : la logique de l’inversion comme code UX

Le verlan n’est pas qu’un lexique, c’est une syntaxe de la déconstruction. En inversant les syllabes (l’envers devient ver-lan), on crée un langage codé qui marque une frontière entre « ceux qui savent » et les autres. En UX Writing, adopter cette logique d’inversion, même de manière subtile, permet de signaler immédiatement à l’utilisateur qu’il est dans un espace sécurisé et informel. C’est l’outil ultime pour casser la barrière froide du digital : on ne parle plus à un client, on « parle à un pote ».

 

L’influence multiculturelle : au-delà du français

La Gen Z ne parle pas un argot purement hexagonal. Son langage est une éponge qui absorbe des influences arabes, anglaises ou créoles. L’introduction du « wesh » (issu de l’arabe « W-esh », signifiant « Qu’est-ce que ? ») ou de termes comme « bail » ou « flex » montre une fusion des cultures. Pour une application, intégrer ces termes n’est pas un gadget, c’est refléter la réalité multiculturelle de cette génération. C’est accepter que le français de l’interface est une langue poreuse et dynamique.

 

La vitesse du web : comment les réseaux sociaux figent l’argot dans le texte

Sur TikTok ou Snapchat, l’oralité devient visuelle. L’argot, autrefois volatil, se fixe désormais dans les micro-copies. Ce passage à l’écrit impose une nouvelle rigueur à l’UX Writer : il faut savoir écrire le son. Le « wesh » ou le « miskine » s’intègrent dans les boutons d’action ou les titres de section, transformant une simple interface en un flux de conversation permanent qui ne s’arrête jamais.

 

On enchaîne avec le cœur du sujet : pourquoi cette génération a imposé ce changement de ton radical dans le design d’interface.

 

La Gen Z : moteur de cette transformation de l’UX Writing

Pour la Gen Z, une interface qui parle « trop bien » est une interface suspecte. Ce rejet des codes classiques force les UX Writers à repenser totalement la manière dont une application s’adresse à son utilisateur.

 

Pourquoi la Gen Z rejette les interfaces trop institutionnelles et froides ?

Élevée dans un flux constant de contenus bruts sur TikTok ou BeReal, la Gen Z a développé un radar anti-marketing très aiguisé. Un ton trop poli, trop corporate ou trop « lisse » est perçu comme faux, voire manipulateur. En UX Writing, la clarté ne suffit plus; il faut de la personnalité. Le rejet du langage institutionnel est une quête de transparence : si la marque parle comme un humain, elle est perçue comme plus honnête.

 

L’authenticité avant tout : le « wesh » comme marque de proximité et de confiance

Utiliser un « wesh » ou un « ça dit quoi ? » dans une notification n’est pas une faute de français, c’est un signal de reconnaissance. Cela indique que l’application comprend l’univers culturel de l’utilisateur. Ce langage crée un raccourci émotionnel : on passe d’une relation transactionnelle (client/service) à une relation horizontale. Le « wesh » devient alors un outil de rétention; on reste sur l’appli parce qu’on s’y sent « à la maison ».

 

Le passage du « vous » au « tu » et l’effacement des barrières hiérarchiques

Le vouvoiement est devenu la marque d’une distance que la Gen Z ne veut plus forcément entretenir avec ses outils numériques. L’UX Writing moderne privilégie le tutoiement systématique, supprimant la barrière hiérarchique entre le créateur de l’outil et celui qui s’en sert. Cette proximité verbale permet d’aborder des sujets complexes (fintech, santé, éducation) de manière beaucoup plus fluide et moins anxiogène.

 

Stratégie de marque : faut-il vraiment parler comme ses utilisateurs ?

Intégrer l’argot Gen Z est un exercice d’équilibriste. Si c’est bien fait, c’est du génie; si c’est mal dosé, c’est le « malaise » assuré.

 

Éviter le « cringe » : le danger du manque de sincérité

Le pire ennemi de l’UX Writing pour la Gen Z, c’est l’inauthenticité. Lorsqu’une marque utilise des expressions comme « skitter » ou « quoicoubeh » sans en comprendre le contexte ou le second degré, elle tombe dans le piège du « How do you do, fellow kids? ». Le résultat est immédiat; une perte totale de crédibilité. L’argot ne doit pas être un déguisement, mais une extension naturelle de la personnalité de l’application.

 

Adapter le curseur selon le parcours utilisateur

L’argot n’a pas sa place partout. On peut se permettre d’être très familier (« Wesh, bien ou quoi ? ») sur un écran d’accueil ou une notification de succès. En revanche, au moment de sortir la carte bleue ou de valider un virement, l’utilisateur a besoin de réassurance. Le rôle de l’UX Writer est de savoir quand mettre le « curseur argot » à 100% et quand revenir à un langage plus sécurisant pour ne pas briser la confiance.

 

L’accessibilité : veiller à ce que l’argot n’exclue pas

Même si l’on cible la Gen Z, l’inclusion reste un pilier de l’UX. Un argot trop codé ou trop localisé peut perdre une partie de l’audience ou rendre l’interface illisible pour les outils d’assistance (lecteurs d’écran pour malvoyants). Le challenge est de rester stylé tout en restant compréhensible. La règle d’or, si l’expression empêche de comprendre l’action à faire, il faut la simplifier.

 

Comment intégrer ces codes sans se tromper ?

L’utilisation de l’argot n’est pas un automatisme, c’est un choix stratégique. Pour une agence de design, tout l’enjeu consiste à définir si le produit s’y prête vraiment.

 

Cibler l’appli, pas seulement l’âge

L’argot Gen Z fonctionne parfaitement pour les applications de divertissement, de gaming, de lifestyle ou de rencontres. Cependant, une interface de gestion de patrimoine ou une plateforme médicale devra rester beaucoup plus sobre, même si l’utilisateur a 20 ans. L’UX Writer doit d’abord analyser le contexte d’usage; l’utilisateur est-il là pour se détendre ou pour accomplir une tâche sérieuse et anxiogène ?

 

Définir une charte éditoriale (Tone of Voice) cohérente

On ne lance pas des « wesh » au hasard. Une bonne stratégie d’UX Writing passe par une charte précise qui définit le degré de familiarité autorisé. L’agence doit créer un lexique validé : quels mots sont acceptés ? Lesquels sont déjà périmés ? Cette cohérence permet d’éviter que l’application ne semble avoir plusieurs personnalités différentes selon les écrans.

 

Tester son texte auprès de la cible réelle

La vérité sort toujours de la bouche des utilisateurs. Avant de valider une interface très typée, il est indispensable de passer par des tests utilisateurs. Ce qui semble « stylé » pour un designer de 35 ans peut être perçu comme « gênant » par un jeune de 20 ans. Tester permet de vérifier que l’argot ne nuit pas à la vitesse de navigation et qu’il est perçu comme une marque de complicité, pas comme une parodie.

 

Pour une interface qui parle la langue de demain

L’UX Writing ne se résume pas à aligner des mots sur un écran; il s’agit de capturer l’essence d’une langue française qui, loin d’être figée, s’affirme comme un organisme vivant, poreux et incroyablement tolérant. En intégrant les codes de la Gen Z, le design d’interface accepte de sortir des cadres académiques pour embrasser une culture de l’ouverture.

 

Le « wesh » ou le verlan ne sont pas des dégradations du langage, mais les preuves de sa vitalité et de sa capacité à créer du lien entre les générations et les cultures. Pour les marques, adopter ce ton est un acte d’empathie, c’est reconnaître que l’utilisateur n’est pas qu’un client, mais un acteur d’une culture commune. En restant à l’écoute de ces évolutions, l’UX Writing prouve que le digital peut être aussi chaleureux et inclusif qu’une conversation de rue.

 

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