design ethique
10/01/2022

Le design éthique

L’éthique est une discipline philosophique qui établit une réflexion fondamentale visant à réglementer des normes, des limites et des devoirs. Elle se rapproche du concept de la morale, dans le mesure où elle tend à cerner le bien du mal. Le monde du numérique n’échappe pas à la réflexion sur l’éthique, qui est très importante pour l’intérêt général des humains en général et des utilisateurs du numérique en particulier.

 

Le législateur est même allé jusqu’à établir certaines règles protectrices et indispensables avec le règlement général sur la protection des données (RGPD). En effet, les scandales à répétitions, impliquant la sécurité des données personnelles et leur utilisation, ont accéléré la mise en place de normes propulsant l’humain au centre des considérations.

Le design n’échappe pas à la problématique de l’éthique, où l’aspect moral des conceptions accapare les intéressés. L’aspiration visant à augmenter le consumérisme à travers le design de l’attention, la captologie, le persuasive design, les dark patterns ou le neuromarketing, est au cœur de cette réflexion sur la morale et les bonnes pratiques éthiques dans le design. 

Le rôle des concepteurs UX en design éthique

En tant qu’expert de l’expérience utilisateur, vous êtes la personne qui défend les besoins de celui-ci afin de construire cette passerelle leur permettant d’exploiter vos conceptions à leur plein potentiel. Cela signifie notamment que l’UX designer porte la responsabilité de prendre des décisions concernant les valeurs et les méthodes de captation à employer. En design éthique, cela signifie aussi que le designer traduit les besoins des utilisateurs en fonctionnalités conviviales, faisant converger à la fois les objectifs de l’entreprise et l’intérêt de l’utilisateur final. Cela signifie également que le designer UX porte l’obligation morale de créer des produits intuitifs et sans danger.

 

Ainsi, l’éthique personnelle des designers UX est directement liée à leurs objectifs, valeurs et motivations personnelles. Un designer est avant tout un être humain, conscient et responsable de ses choix, notamment en matière d’UX. Chaque designer choisit intentionnellement l’impact qu’il souhaite transmettre aux utilisateurs à travers une conception donnée, de sorte qu’il sait très bien si ses choix risquent de tromper et blesser sa cible ou si au contraire, elle tend à les aider et les guider correctement. 

Les UX designers sont de fait responsables du travail qu’ils transmettent au monde et des actions qu’ils engendrent. Ces derniers sont également responsables du choix de l’employeur/collaborateur qui s’aligne et partage les mêmes valeurs en matière d’éthique, de protection de l’environnement, d’égalité, etc.

 

Face à une telle responsabilité, comment se positionner concrètement en design éthique en tant que professionnel de l’UX?

 

Il est essentiel de garder en tête le principe d’égalité, voire même d’équité. Ainsi, toute situation où l’intérêt d’une entreprise l’emporte sur les besoins des utilisateurs implique forcément un dilemme éthique. Le designer se trouvera contraint à tromper l’utilisateur ou l’induire à accomplir des actions qu’il ne voulait pas réellement entreprendre.

 

Si l’intention d’un projet de conception est d’esquiver ou d’éclipser les besoins des utilisateurs et de les convaincre à entrer dans des parcours d’achat ou de souscriptions, alors l’éthique posera problème au designer. 

 

Une question clé peut vous guider sur la bonne voie du design éthique: Les utilisateurs perçoivent le design choisi comme un vecteur des valeurs et des pratiques de l’entreprise. Cherchez-vous à travers vos conceptions à représenter une entreprise commercialement envahissante, inspirant mépris et méfiance ? 

Ce qu’il faut éviter : le design non éthique

Un design non éthique, dit de prédation, accorde généralement peu d’intérêt à l’aspect moral envers l’utilisateur, au profit de la captation de l’attention; coûte que coûte. C’est quand le design n’accorde pas ou peu d’importance à l’intérêt des utilisateurs, et n’hésite pas à les tromper, ou à les inciter de manière vicieuse, tordue et rusée à commettre des actions qu’ils n’auraient pas normalement effectuées. Un design “Anti-éthique” se caractérise donc par l’usage de méthodes trompeuses et non transparentes, afin d’orienter  de façon malhonnête les choix du visiteur de l’interface . 

 

D’un point de vue éthique (et UX) l’utilisateur doit pouvoir choisir entre différentes options (pop-up de souscription, confirmation d’achat, désinscription de la newsletter…) au lieu de suivre les objectifs du concepteur (même dictés par l’entreprise). Bien évidemment, libre au designer UX d’adapter le degré de liberté à autoriser à l’utilisateur lors des différentes étapes de navigation.

La démarche UX au coeur du design éthique : quand les intérêts de l’entreprise coïncident avec les besoins des utilisateurs

 

Auparavant, il était pratique courante de concevoir un produit/service influençant la prise de décision des utilisateurs pour l’ultime profit de l’entreprise. Dans de nombreux cas, les concepteurs ne pouvaient tout simplement pas équilibrer les besoins des entreprises et des utilisateurs. 

 

Aujourd’hui, cependant, on se soucie davantage d’équilibrer les besoins des entreprises et des utilisateurs. La démarche UX qui se base sur la recherche utilisateurs, les personas,les tests d’utilisabilité (etc) sont désormais maître mot en design. 

 

Ainsi, grâce à l’UX et ses diverses méthodes, un changement de paradigme allant de pair avec le design éthique s’est opéré: La conception centrée sur l’utilisateur (user-centric) garantit de placer les besoins et les intérêts des utilisateurs au centre du processus de conception. On se retrouve de fait au cœur du design éthique grâce à une démarche UX empathique, qui est désormais très adoptée dans l’économie numérique moderne. Tout bon designer est indéniablement en mesure de faire converger l’éthique appliquée la recherche et la conception UX avec les profits visés par l’entreprise. 

 

Ceci est d’autant plus encourageant tant les résultats payent bien. Les entreprises client-centric (axées sur le client) sont 60% plus rentables que les entreprises qui se concentrent sur leurs produits et leurs profits seuls.

 

En effet, une conception user centric, reposant sur le design éthique, est largement plus susceptible de répondre à ce que demande réellement l’utilisateur, tout en offrant tous les choix nécessaires pour lui  laisser la liberté d’action. Un tel design est forcément ergonomique, clair, utilisable, transparent et laisse une marge de manœuvre à l’utilisateur pour prendre la décision qui lui convient. L’éthique appliquée à la recherche et la conception UX ne peut qu’inspirer transparence, confiance et assurer de bons taux de satisfaction et de conversions.

Les fondements du design éthique

Le design éthique consiste à concevoir des services/produits représentant les valeurs et les principes moraux du designer (et de l’entreprise), tout en prenant en compte les répercussions sur l’utilisateur et ses choix. Mais la culture, la société et la politique influencent ce qui est « éthique » et la norme. Face à ces paramètres extérieurs en perpétuelle évolution, les designers seront en mesure d’assumer cette responsabilité grâce aux principes fondamentaux du design éthique.

L’utilisabilité

L’utilisabilité consiste à améliorer les interactions homme-machine, à travers la facilité d’utilisation et d’apprentissage des produits interactifs. De la sorte, chaque design produit doit être facile à utiliser, tout en évitant toute conséquence négative sur l’utilisateur.

La facilité d’utilisation étant considérée comme une exigence de base dans la conception, le design doit conduire l’utilisateur à accomplir ce qu’il cherche à faire et à répondre à ses besoins, tout en étant facile et agréable à utiliser. 

Afin d’honorer ce principe, voici les éléments à prendre en compte: 

  • Facilité d’apprentissage : L’utilisation du produit/service est-elle facile pour les nouveaux utilisateurs ?
  • Efficacité : La navigation et l’accomplissement des tâches est-elle assez rapide ?

     

  • Mémorabilité : quelle est l’expérience des utilisateurs qui reviennent ?
  • Erreurs : Quelles sont les erreurs d’utilisation? Combien les utilisateurs en font-ils?  Quelle est la gravité et la récurrence de ces erreurs?
  • Satisfaction : L’utilisateur trouve-t-il l’utilisation du design agréable?

 

La confidentialité : 

Les données (Datas) sont la richesse inestimable de notre époque et le fondement de tout projet fructueux. Le rassemblement et l’analyse de données sont essentiels pour le travail de tout UX Designer. En design éthique, il faut savoir placer des règles et des limites claires quant à la collecte et l’utilisation et au stockage de ces précieuses informations.

 

En effet, les problèmes relatifs aux données (la confidentialité, l’espionnage, la revente, l’utilisation inappropriée ou sans consentement…) sont récurrents et sans cesse d’actualité. A ce sujet, une bonne pratique en design éthique serait de concevoir des dispositifs ne collectant que des informations personnelles pertinentes, strictement nécessaires et dont la collecte présente une faible probabilité de nuire à l’utilisateur. 

 

La persuasion :

Quand il s’agit d’éthique, la persuasion, ou bien l’influence qu’exerce le designer, doit se concentrer sur la valorisation de l’expérience utilisateur plutôt que sur les profits visés par l’entreprise. En effet, l’être humain est de nature influençable, et se soumet aussi facilement aux pressions sociales qu’aux suggestions subtiles. Ainsi, pousser/obliger l’utilisateur à acheter quelque chose qu’il ne voulait pas acheter à la base n’est pas dans l’intérêt de l’utilisateur, et n’est donc pas une pratique éthique.

Plutôt, il faudrait se résoudre à utiliser son influence de designer pour permettre aux utilisateurs d’éviter certaines erreurs ou mauvaises surprises, à comprendre et vérifier clairement les détails de leur commande, ou à commander rapidement le produit recherché…

 

La transparence :

La transparence est une valeur essentielle en design éthique. Il faut faire en sorte de permettre aux utilisateurs de faire des choix éclairés. A titre d’exemple, il peut s’agir de fournir des moyens clairs et visibles de se désinscrire d’un abonnement ou d’arrêter un service. Il ne serait pas éthique d’inclure des frais de désabonnement, de procéder à des facturations non annoncées, ou de vendre un service sous le couvert d’un essai gratuit.  

 

L’impact : 

Tout d’abord, il faut être conscient en tant que designer que toute conception a certainement un impact, à différents degrés, sur le bien-être et la santé mentale des individus. Ainsi, il est essentiel d’un point de vue éthique de prévenir et de sensibiliser l’utilisateur à ce propos quand c’est nécessaire (nature du contenu, déconseillé à une certaine catégorie…).

Ensuite, il faudra considérer l’impact potentiel sur les groupes et les sociétés dans leur ensemble. Nous pouvons considérer que l’accumulation de spécificités est non éthique. Idéalement, les produits et services créés doivent être disponibles lorsque l’utilisateur en a besoin, et non par dépendance. (à la dopamine et la validation sociale par exemple). 

Mot de la fin

En tant que designer UX vous avez un pouvoir unique pour influencer la vie des utilisateurs. C’est une responsabilité qui s’accompagne de problèmes éthiques qui accompagnent votre rôle. 

 

Gardez en tête qu’il est essentiel de savoir aligner vos objectifs professionnels et vos bénéfices à vos valeurs morales lors du design de votre dispositif digital. C’est là l’essence même de la conception éthique. Il faut savoir associer savoir-faire, techniques UX et empathie aux principes du design éthique pour atteindre cet équilibre tant nécessaire.

 

D’autre part, avec la prolifération d’internet et des smartphones, les populations et les personnes de toutes localisations géographiques, de toutes les cultures, ethnies et groupes d’âge, se retrouvent de plus en plus connectés. De la sorte, chaque plateforme numérique doit être conçue avec une considération à la fois locale et mondiale. La bonne éthique serait de supprimer ses préjugés culturels, sociaux et politiques dans vos choix de design UX. Le but étant de concevoir des services/produits inclusifs, progressistes et bienveillants. Assurez-vous qu’aucun élément de conception ne présente de messages discriminatoires, abusifs ou régressifs. 

 

Espérons que ce guide a été une belle introduction au monde de l’éthique dans la recherche et la conception UX.

 

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